[Management éclairé du déconfinement] – #1 Déconfinement et convalescence

Le 11 mai est une date importante qui ouvre une période d’expérimentation inédite pour les organisations du travail. A la sortie du confinement sanitaire, les attentes émises par les salariés sont fortes en matière de qualité des conditions de travail. Celles-ci impacteront directement la qualité de vie au travail influençant à son tour le niveau de performance et le bien-être des équipes.

Doit-on redouter une rigidification des rapports humains liés aux gestes barrières ? L’usure psychique liée au confinement peut-elle être compatible avec une reprise d’activité ? L’absence d’un projet collectif et la récession économique auront-ils raison des forces d’engagement ? Ces questions et d’autres invitent à une structuration de l’après confinement qui permettra de canaliser « l’effet de ressort » lié aux efforts d’adaptation des populations. Dans ce cas, il s’agit de contenir le mouvement de libération des énergies humaines pour les cadrer dans un processus vertueux d’engagement tout en restant attentif à l’état des ressources psychologiques.

Nous vous proposerons ainsi dans les jours à venir de partager les approches qui  permettront de bien gérer la phase immédiate de réintégration et la période qui suit, afin de ne pas rater les opportunités positives que cette échéance peut comporter.

 

Un rapide historique

Pour bien comprendre l’effet ressort du 11 mai, il convient de revenir en arrière et de retracer la chronologie des faits.

  • De décembre à Mars, la période est globalement caractérisée par l’incrédulité et le déni sur la dimension mondiale du risque sanitaire et de ses conséquences sociales et économiques. Au gré des consignes liées aux gestes barrière et au port du masque les conventions sociales sont remises en question ;
  • A partir du 16 mars, nous rentrons pour une courte durée dans une période de sidération, pouvant à certains égards ressembler à l’exode de mai 1940. L’activité économique est stoppée net, les rythmes et les repères sont désorganisés, les lieux de vie sont bouleversés ;
  • Après une semaine succède une phase de réadaptation progressive qui marque l’installation du pays dans de nouvelles conditions de vie qui sécurisent provisoirement l’organisation sociale avec la consolidation de la première et deuxième ligne de front. Cependant, au fil du temps, apparaît pendant cette période l’importance des ressources psychologiques qui structurent les « attitudes barrière » permettant de faire face : endurance, maîtrise des émotions, résilience.

 

 

Les enjeux du 11 Mai

Mettons-nous un instant à la place d’un salarié ou d’un agent qui revient d’un arrêt pour une longue maladie. Il est en convalescence et arrive dans un service ou un atelier dont les habitudes de travail ont considérablement changé. Son retour nécessite un réaménagement de son poste et de son rythme de travail.

A partir du 11 mai, des millions de salariés, seront potentiellement dans le même état d’esprit, au détail près que le confinement aura eu des effets secondaires complexes sur le plan psychologique. Cette date ouvre une période pendant laquelle les collectifs de travail vont être demandeurs d’un cadre rassurant et rassembleur autour du travail.

Les attentes sont très fortement centrées sur les conditions techniques de reprise du travail qui conditionnent une sécurité sanitaire. Mais il y a aussi derrière cet arbre qui cache la forêt, d’autres inquiétudes liées à l’emploi et aux transformations des pratiques sociales et professionnelles.

 

 

Un rôle primordial de corps intermédiaires de la Nation

Ceci nécessite pour les employeurs d’avoir une posture de prévention et d’accompagnement capable de calmer les anxiétés de toute nature. Dans ce sens, il est souhaitable que les organisations du travail prennent le relais en tant que corps intermédiaire de la Nation pour amortir la rentrée dans la réalité économique. Elles doivent, d’ores et déjà écrire une feuille de route opérationnelle de reprise d’activité à l’aune de trois points de repère :

  • La capacité psychique à s’adapter à un nouveau changement du cadre de travail après une période de confinement qui aura été vécu avec plus ou moins de « bonheur » ;
  • Le niveau d’anxiété lié à la crainte d’une nouvelle crise économique mondiale : l’expression des inquiétudes sur le maintien de l’emploi sont légitimes. Il faudra les accueillir si elles sont spontanément exprimées. Par peur, elles seront probablement non dites ;
  • Enfin, l’appréhension de revenir au travail et de rejoindre un environnement dont les pratiques sociales et professionnelles se seront transformées devra également être accompagnée.

 

L’ensemble des réponses et des propositions que pourront formuler les entreprises et les administrations à ces questions, vont conditionner une qualité de reprise d’activité pour atténuer l’effet pervers des conséquences psychologiques de la crise sanitaire.

Quelles sont les actions et les démarches à déployer ? Nous verrons cela très prochainement.

 

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