Enquête interne dans une entreprise : pourquoi et comment la mettre en place ?

Table des matières

Enquête interne dans une entreprise : guide complet

Une enquête interne dans une entreprise est une procédure mise en place pour examiner et identifier les comportements, agissements et pratiques pouvant être contraires à la loi ou étant susceptibles de porter atteinte à l’intégrité d’une personne, suite à un signalement ou une alerte au sein de l’entreprise.

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Depuis un arrêté du 27 novembre 2019 (n°18-10551), la Cour de Cassation a rendu obligatoire l’enquête interne devant être diligentée par l’employeur en cas de dénonciation de faits de harcèlement sexuel et moral, et ce, en vertu de son obligation de sécurité et de protection de la santé des salariés.

L’enquête interne est souvent utilisée pour traiter des allégations de harcèlement moral ou sexuel, mais aussi d’autres situations telles que la discrimination, la fraude ou les violations du règlement intérieur qui peuvent se produire dans une entreprise.

L’objectif principal de l’enquête interne est de clarifier les faits, d’identifier les responsabilités et de garantir que l’entreprise prend toutes les mesures nécessaires pour protéger ses salariés.

Pourquoi réaliser une enquête interne dans une entreprise ?

La réalisation d’une enquête interne est primordiale pour maintenir un environnement de travail sain et sécurisé. Elle joue un double rôle : préventif, en permettant d’identifier et de résoudre des problèmes avant qu’ils ne s’aggravent, et curatif, en apportant une réponse structurée aux situations déjà dégradées.

Les enjeux sont considérables. Selon l’INRS, les risques psychosociaux, dont font partie le harcèlement et les conflits non traités, représentent un coût annuel estimé à 3,5 milliards d’euros pour les entreprises françaises. Ces coûts consistent notamment dans l’absentéisme, le turnover et la perte de productivité.

À cela s’ajoutent les risques juridiques : une entreprise qui n’agit pas suite à un signalement s’expose à des sanctions pouvant aller jusqu’à 1 an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende pour son dirigeant en cas de harcèlement avéré non traité.

Au-delà des risques financiers, il y a un risque RH : ne pas mener d’enquête envoie un signal négatif aux équipes. Le baromètre Ipsos harcèlement au travail (2022) révèle que la dégradation des relations au travail est la 3ème priorité pour les salariés après le salaire et la dégradation des conditions de travail.

Mener une enquête interne, c’est donc protéger ses salariés, sécuriser juridiquement l’organisation et préserver durablement le climat social.

Loi n° 2016-1691 dite Loi Sapin 2, quelles obligations pour l’entreprise ?

La Loi Sapin 2, adoptée en 2016, vise à renforcer la transparence, la lutte contre la corruption et la modernisation de la vie économique.

Dix ans après sa promulgation, son application reste pourtant inégale : seulement 37 % des entreprises assujetties auraient achevé leur démarche de mise en conformité, selon l’étude Ethicorp/AFJE.

Concernant les enquêtes internes en entreprise, cette loi impose certaines obligations, notamment pour les grandes entreprises, afin de prévenir la corruption et les manquements à la probité. Voici ses principaux points :

Obligation de mettre en place un dispositif d’alerte interne

Toute entreprise de plus de 50 salariés est tenue de mettre en place un dispositif permettant de recueillir les signalements de comportements illicites : corruption, trafic d’influence, infractions pénales, ou situations de souffrance au travail.

Selon l’étude Ethicorp/AFJE 2022, 6 alertes sur 10 donnent lieu à une enquête interne, une sanction disciplinaire (29 %), une action de sensibilisation (23 %), une révision des processus internes (23 %) ou un licenciement (20 %). Ces chiffres illustrent l’enjeu concret de ces dispositifs pour la vie de l’entreprise.

Depuis la loi Waserman (2022), qui est venue renforcer la loi Sapin 2, le dispositif d’alerte interne doit garantir une confidentialité absolue et être ouvert non seulement aux salariés, mais aussi aux collaborateurs externes et partenaires.

Protection des lanceurs d’alerte

La loi garantit la protection des lanceurs d’alerte contre toute forme de représailles (licenciement, discrimination, rétrogradation), sous réserve que le signalement soit effectué de bonne foi et de manière désintéressée.

Malgré ce cadre protecteur, il semblerait que les employés aient encore des craintes sur la protection réservée aux lanceurs d’alerte et les suites réelles données aux signalements, ce qui peut expliquer que près de 27 % des entreprises n’aient reçu aucune alerte dans l’année.

Les sanctions en cas de représailles contre un lanceur d’alerte sont lourdes : jusqu’à 1 an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende pour la personne physique, et une exposition au risque réputationnel significatif pour l’entreprise.

Enquête interne dans une entreprise suite aux signalements

Lorsqu’un signalement est reçu, l’entreprise est tenue de mener une enquête interne pour vérifier les faits dénoncés. Celle-ci doit respecter trois principes fondamentaux : confidentialité, impartialité et respect des droits des parties.

Les droits des personnes mises en cause doivent être intégralement respectés : présomption d’innocence, droit à la défense, droit d’être entendu. Les droits des victimes le sont tout autant : protection contre les représailles et garantie de confidentialité.

Le coût moyen d’un litige Sapin 2 est évalué à 285 000 euros, ce qui souligne l’intérêt économique d’une enquête interne bien menée, permettant de prévenir les contentieux judiciaires longs et coûteux.

Code de conduite et procédures internes à l’entreprise

La loi Sapin 2 impose aux entreprises de plus de 500 salariés et ayant un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions d’euros de mettre en place un code de conduite pour prévenir les risques de corruption, ainsi que des procédures internes de contrôle et de formation.

Toutes ces mesures visent à responsabiliser les entreprises face aux comportements déviants, tout en garantissant un cadre sûr pour ceux qui dénoncent des faits répréhensibles. Elle permet aussi de répondre aux signalements concernant des cas de souffrance au travail pouvant entrainer des traitements de problèmes liés à la santé physique et psychologique, ou de harcèlements pouvant déboucher sur des sanctions disciplinaires ou pénales. En outre, l’enquête interne démontre l’engagement de l’entreprise à protéger ses salariés et à respecter les normes éthiques et légales en vigueur.

Elles permettent aussi de répondre aux signalements concernant des cas de souffrance au travail pouvant entrainer des traitements de problèmes liés à la santé physique et psychologique tels que la prise en charge psychologique, ou de harcèlements pouvant déboucher sur des sanctions disciplinaires ou pénales.

En outre, le fait de mener une enquête interne démontre l’engagement de l’entreprise à protéger ses salariés et à respecter les normes éthiques et légales en vigueur en matière de droits, santé et sécurité au travail.

Le cadre juridique et légal

Toute enquête interne doit s’appuyer sur un socle juridique solide pour être valide et opposable en cas de contestation. Les textes de référence sont :

  1. Le Code du travail : encadre les droits des salariés, les procédures disciplinaires et les conditions d’audition
  2. Le Code pénal : définit les infractions visées (corruption, harcèlement, fraude)
  3. Le RGPD : encadre la collecte et le traitement des données personnelles dans le cadre de l’enquête
  4. La loi Sapin 2 (art. 6 à 8 et 17) : fixe les obligations de signalement et de conformité

Toute enquête interne doit donc respecter des règles précises pour être valide et fonctionnement juridiquement parlant. Elle doit s’appuyer sur les textes législatifs qui encadre la protection des salariés et les conditions d’enquête.

Les droits des personnes mises en cause doivent être respectés (présomption d’innocence, droit à la défense), tout comme ceux des victimes (protection contre les représailles, confidentialité).

Les types d’enquêtes internes dans une entreprise

Les enquêtes internes peuvent prendre plusieurs formes selon les situations rencontrées :

  1. Enquête pour harcèlement moral, sexuel ou discriminatoire : obligatoire dès qu’un signalement est reçu, sous peine d’engager la responsabilité de l’employeur
  2. Enquête pour fraude ou détournement de fonds : souvent menée conjointement avec le service juridique et l’audit interne
  3. Enquête pour non-respect des règles de sécurité : relevant du Code du travail et des obligations DUERP
  4. Enquête liée à des conflits internes graves : pouvant déboucher sur une médiation ou une procédure disciplinaire

Chaque type d’enquête obéit à des règles procédurales spécifiques et doit être documenté avec soin pour résister à une éventuelle contestation prud’homale ou pénale.

L’objectif d’une enquête interne dans une entreprise

L’objectif principal d’une enquête interne est de recueillir des éléments factuels pour éclairer la prise de décision de la direction. Elle vise à déterminer si les faits allégués sont fondés, qui en est responsable et quelles mesures correctives ou disciplinaires s’imposent.

Au-delà de la résolution du cas individuel, l’enquête interne remplit trois fonctions stratégiques pour l’entreprise :

  1. Prévenir le contentieux : une enquête bien menée peut éviter une procédure judiciaire longue et coûteuse (rappel : coût moyen d’un litige Sapin 2 = 285 000 €).
  2. Renforcer la culture d’intégrité : elle envoie un signal fort à l’ensemble des collaborateurs sur la réalité de l’engagement de la direction.
  3. Améliorer les processus : 23 % des alertes débouchent sur une révision des processus internes de l’entreprise, transformant un incident en levier d’amélioration continue.

Les acteurs de l’enquête interne

Les principaux acteurs impliqués dans une enquête interne incluent :

  1. Les ressources humaines, souvent les responsables de la supervision.
  2. Le service juridique, pour veiller à la conformité avec les lois.
  3. Des enquêteurs externes ou internes, spécialisés dans ce type de processus comme le cabinet Eleas.
  4. Les représentants du personnel, pour assurer le respect des droits des salariés.

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Comment mener une enquête interne dans une entreprise ?

Une enquête interne rigoureuse ne s’improvise pas. Elle suit un processus structuré en cinq étapes, dont le respect conditionne directement la validité juridique des conclusions et la solidité des décisions qui en découlent.

Étape 1 : déclenchement et qualification du signalement

L’enquête est déclenchée dès réception d’un signalement formel, qu’il provienne d’un salarié, d’un manager ou d’un tiers via le dispositif d’alerte interne. La première action est de qualifier le signalement : les faits allégués sont-ils suffisamment précis et circonstanciés pour justifier l’ouverture d’une enquête ?

Cette étape évite d’engager une procédure disproportionnée ou prématurée, tout en garantissant qu’aucun signalement sérieux n’est écarté sans examen.

Étape 2 : constitution de l’équipe d’enquête

L’équipe est constituée en tenant compte de deux impératifs : la neutralité et la compétence. Elle inclut généralement un référent RH, un juriste interne et, pour les affaires complexes ou sensibles, un enquêteur externe spécialisé. Aucun membre de l’équipe ne doit avoir de lien hiérarchique ou personnel avec les parties impliquées.

Cette indépendance est une condition sine qua non de la crédibilité de l’enquête, notamment en cas de contentieux ultérieur.

Étape 3 : collecte des faits

La collecte repose sur trois sources complémentaires : les entretiens individuels (conduits séparément avec la victime présumée, la personne mise en cause et les témoins éventuels), l’analyse documentaire (échanges écrits, courriels, relevés d’accès, documents RH) et, le cas échéant, des observations de terrain.

Chaque entretien doit faire l’objet d’un compte-rendu écrit, validé ou corrigé par la personne entendue, et conservé de façon sécurisée dans le respect du RGPD.

Étape 4 : analyse et croisement des preuves

Les éléments collectés sont croisés pour établir les faits de façon objective. Cette phase requiert une rigueur analytique particulière : les conclusions ne peuvent reposer que sur des éléments factuels vérifiables, jamais sur des impressions ou des suppositions.

La présomption d’innocence doit être scrupuleusement respectée jusqu’à la clôture de l’enquête.

Étape 5 : rapport de conclusions et recommandations

L’enquête se clôture par la rédaction d’un rapport détaillé, structuré autour de trois parties : les faits établis, les conclusions motivées et les recommandations opérationnelles (mesures disciplinaires, actions correctives, révision des processus).

Ce rapport est transmis à la direction et, selon les cas, aux représentants du personnel. Il constitue la pièce maîtresse de toute décision ultérieure et doit être conservé dans des conditions garantissant sa confidentialité.

Les impacts d’une enquête interne dans une entreprise

Sur les salariés

Pour les employés, une enquête interne peut être stressante, mais elle est aussi vue comme un moyen de protéger leurs droits. Une enquête bien menée renforce leur sentiment de sécurité et peut améliorer le climat de travail à long terme.

Sur la direction

L’enquête peut avoir un impact positif sur la perception de la direction en lui permettant une réaction rapide et transparente répondant à un problème identifié et analysé au sein de l’entreprise.

Sur l’entreprise

L’image de l’entreprise pourrait être affectée par une enquête, surtout si celle-ci devient publique. Or, une enquête interne bien gérée pourra grandement renforcer la confiance des clients, des partenaires et des candidats potentiels dans les valeurs de l’entreprise.

Qui est habilité à mener une enquête interne dans une entreprise ?

Une enquête interne peut être menée par différents acteurs :

  • Les ressources humaines, surtout pour des affaires touchant aux relations entre employés.
  • Des enquêteurs externes, lorsqu’il est nécessaire d’avoir un regard impartial et spécialisé.
  • Les membres du service juridique de l’entreprise ou des consultants en conformité légale.

Faut-il externaliser une enquête interne ?

Externaliser une enquête présente plusieurs avantages, notamment en termes d’impartialité et de compétences spécifiques. Un cabinet externe peut apporter une expertise sur des situations complexes et garantir que l’enquête est menée en conformité avec la loi.

Cependant, cela représente un coût supplémentaire pour l’entreprise. Le choix dépendra de la gravité des faits et des ressources internes disponibles.

Le choix entre enquête interne et recours à un cabinet externe dépend de trois critères : la gravité des faits, le niveau d’impartialité requis et les ressources internes disponibles.

Critère Enquête internalisée Enquête externalisée
Impartialité Risque de biais perçu Garantie d’indépendance
Expertise Variable selon les équipes Spécialisée et documentée
Coût Faible Plus élevé
Rapidité Dépend des disponibilités Mobilisation dédiée
Solidité juridique Suffisante si bien menée Renforcée pour les affaires complexes
Recommandé pour Faits simples, équipe formée Harcèlement, fraude, direction impliquée

Pour les affaires impliquant la hiérarchie directe, des faits graves (harcèlement sexuel, fraude, discrimination) ou un risque élevé de contentieux,l’externalisation est fortement recommandée. Elle garantit une crédibilité accrue des conclusions et protège l’entreprise en cas de contestation judiciaire.

Enquete interne entre un collaborateur et un expert

Quelles suites donner à une enquête interne dans une entreprise ?

La clôture de l’enquête n’est pas une fin en soi : c’est le point de départ des décisions qui détermineront l’impact réel de la procédure sur l’organisation. Une enquête sans suites concrètes est non seulement inutile, elle est contre-productive : elle envoie le signal que les signalements ne changent rien.

Sanctions et mesures correctives

Sur la base des conclusions du rapport, la direction dispose d’une palette de réponses proportionnées à la gravité des faits établis :

Sanctions disciplinaires, graduées selon les faits : avertissement, mise à pied, mutation contrainte, licenciement pour faute grave ou lourde. Chaque décision doit être documentée et s’appuyer exclusivement sur les éléments factuels établis par l’enquête, sous peine de fragilité prud’homale.

Mesures correctives organisationnelles : révision des processus défaillants, renforcement des contrôles internes, modification du règlement intérieur, mise en place d’un dispositif de médiation. 23 % des alertes débouchent sur une révision des processus internes : cette dimension corrective est aussi importante que la dimension disciplinaire.

Soutien aux personnes concernées : accompagnement psychologique des victimes (accès à un professionnel de santé mentale, aménagement de poste, possibilité de mobilité interne), mais aussi accompagnement de la personne mise en cause si les faits ne sont pas établis ou si une réintégration est envisagée.

Communication interne : transparence sans surexposition

La gestion de la communication post-enquête est un exercice d’équilibre délicat. Elle doit respecter simultanément la confidentialité des parties et le besoin légitime d’information des équipes.

Concrètement, cela implique :

  1. Informer individuellement les parties directement concernées (plaignant, personne mise en cause, témoins entendus) des conclusions qui les concernent, sans divulguer l’intégralité du rapport.
  2. Communiquer collectivement de façon proportionnée à la sensibilité du sujet : un message rappelant les engagements de l’entreprise, les dispositifs d’alerte disponibles et les valeurs défendues suffit souvent à restaurer la confiance sans alimenter les rumeurs.
  3. Ne rien dire peut être aussi dommageable qu’en dire trop : le silence de la direction est souvent interprété comme une absence de réaction, ce qui fragilise le sentiment de sécurité des équipes.

Mise en place d’actions concrètes dans l’entreprise

Les recommandations du rapport final n’ont de valeur que si elles sont traduites en actions datées et assignées. Chaque recommandation doit faire l’objet d’un plan d’action formalisé, avec un responsable désigné, un calendrier de mise en œuvre et un indicateur de suivi. Les actions les plus fréquentes sont :

Formation et sensibilisation : formation au management bienveillant, sensibilisation aux RPS et au harcèlement, formation des managers à la détection des signaux faibles.
Révision des politiques internes : mise à jour du règlement intérieur, actualisation de la charte éthique, renforcement des procédures de signalement.
Renforcement du dispositif d’alerte : amélioration de l’accessibilité et de la confidentialité du canal de signalement, communication auprès des salariés sur leurs droits.

Mise en place d’un suivi dans l’entreprise

Le suivi est la condition de l’efficacité réelle de l’enquête. Sans mesure de l’impact des actions engagées, il est impossible de savoir si les dysfonctionnements identifiés ont été réellement corrigés.

Ce suivi s’articule autour de trois niveaux :

Suivi des sanctions et mesures : vérification de leur mise en œuvre effective dans les délais prévus et de leur impact sur les comportements observés.

Mesure de l’évolution du climat social : baromètre interne, entretiens de suivi avec les équipes concernées, analyse des indicateurs RH (absentéisme, turn-over, signalements récurrents sur les mêmes périmètres).

Bilan à 6 et 12 mois : évaluation formelle de l’ensemble du processus, depuis le déclenchement jusqu’aux suites données. Ce bilan permet d’identifier les points d’amélioration de la procédure elle-même et de nourrir une culture d’amélioration continue en matière de prévention des risques.

Un exemple d’enquête interne dans une entreprise : le cas du harcèlement

Photo montrant un cas de harcèlement au travail, un homme vis à vis d'une femme, exemple qui peut déclencher une enquête interne

Prenons le cas d’une enquête menée suite à des accusations de harcèlement moral au sein d’une équipe. Ce type de situation est l’un des plus fréquents et des plus sensibles auxquels les RH sont confrontés.

L’article L. 1152-4 du Code du travail est explicite : l’employeur prend toutes dispositions nécessaires en vue de prévenir les agissements de harcèlement moral. Cette obligation de moyens impose une réaction dès le premier signalement. L’inaction de l’employeur, même en l’absence de preuve établie, peut suffire à engager sa responsabilité civile.

Déclenchement : une salariée signale formellement des comportements répétés de son manager : remarques dévalorisantes en réunion, exclusion des circuits d’information, objectifs modifiés sans concertation. Le signalement est qualifié et une enquête est ouverte sous 48 heures.

Conduite de l’enquête : les enquêteurs, en l’occurrence un RRH et un consultant externe, procèdent à l’audition séparée de la plaignante, du manager mis en cause et de cinq collègues témoins directs. L’analyse des échanges écrits (emails, comptes-rendus de réunion, messagerie interne) permet de corroborer plusieurs des faits allégués.

Conclusions et suites données :

  1. Le rapport conclut à l’existence de comportements constitutifs de harcèlement moral au sens de l’article L. 1152-1 du Code du travail.
  2. Une sanction disciplinaire est prononcée à l’encontre du manager, assortie d’une mise à pied et d’un retrait de ses fonctions d’encadrement.
  3. Un accompagnement psychologique est immédiatement proposé à la salariée, avec aménagement temporaire de son poste.
  4. Une formation obligatoire à la prévention du harcèlement est déployée auprès de l’ensemble des managers de la business unit concernée.
  5. Le dispositif d’alerte interne est renforcé et recommuniqué à l’ensemble des équipes.

Résultat à 6 mois : aucun nouveau signalement sur le périmètre concerné, amélioration mesurée du climat social dans l’équipe, et perception positive de la réaction de la direction par les collaborateurs interrogés dans le cadre du baromètre interne.

Ce cas illustre une réalité fondamentale : une enquête bien menée ne détruit pas la confiance, elle la construit. Elle démontre que les valeurs affichées par l’entreprise se traduisent en actes concrets lorsque la situation l’exige.

Points clés à retenir

  1. Mener une enquête interne n’est pas seulement une obligation légale : c’est un signal fort envoyé aux collaborateurs sur la réalité de l’engagement de la direction en matière de protection et d’éthique.
  2. La loi Sapin 2 impose à toute entreprise de plus de 50 salariés un dispositif d’alerte interne. Au-delà du seuil légal, les entreprises de plus de 500 salariés et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires sont soumises aux 8 piliers de l’article 17.
  3. 6 alertes sur 10 aboutissent à une action concrète : sanction disciplinaire, révision des processus, sensibilisation ou licenciement. Une enquête bien menée est donc un levier direct d’amélioration de l’organisation.
  4. Le coût moyen d’un litige Sapin 2 est de 285 000 €. Une procédure d’enquête interne rigoureuse est un investissement de prévention, pas un coût.
  5. L’enquête interne protège l’entreprise juridiquement : en démontrant sa diligence, elle réduit significativement le risque de mise en cause de la responsabilité civile et pénale de l’employeur.
  6. Une enquête conduite avec impartialité et confidentialité renforce la confiance des collaborateurs envers la direction et améliore la qualité du climat social.
  7. 23 % des alertes débouchent sur une révision des processus internes : l’enquête est un outil d’amélioration continue autant que de sanction.
  8. Les représentants du personnel (CSE) doivent être associés à la procédure, notamment dans les cas de harcèlement. Cette co-construction renforce la légitimité de l’enquête et la cohésion sociale.

FAQ Enquête interne

Pourquoi mener une enquête interne est-il un avantage pour l’entreprise ?

Au-delà de l’obligation légale, l’enquête interne est un outil de management et de protection. Elle démontre l’engagement de la direction envers ses collaborateurs, réduit le risque de contentieux judiciaire (dont le coût moyen est de 285 000 €), et permet d’identifier des dysfonctionnements organisationnels à corriger. C’est un levier de performance RH autant qu’une obligation de conformité.

À partir de quel seuil l’entreprise est-elle obligée de mettre en place un dispositif d’alerte ?

Toute entreprise de plus de 50 salariés est tenue de mettre en place un dispositif d’alerte interne. Les obligations sont renforcées pour les entreprises de plus de 500 salariés dont le chiffre d’affaires dépasse 100 millions d’euros, qui doivent en plus déployer les 8 piliers de conformité prévus à l’article 17 de la loi Sapin 2.

Qui pilote l’enquête interne en entreprise ?

L’enquête est généralement pilotée par les ressources humaines, en lien avec le service juridique. Pour les affaires sensibles ou complexes, le recours à un enquêteur externe spécialisé est fortement recommandé : il apporte une garantie d’impartialité indispensable à la validité de la procédure et à sa résistance devant les juridictions. Le CSE doit être informé et associé dans les cas prévus par le Code du travail.

Comment l’enquête interne protège-t-elle l’employeur juridiquement ?

En démontrant qu’il a pris les mesures nécessaires dès la réception d’un signalement (ouverture d’une enquête, respect de la confidentialité, mesures correctives), l’employeur limite significativement sa responsabilité civile et pénale. À l’inverse, l’absence d’enquête suite à un signalement de harcèlement ou de discrimination peut constituer un manquement à l’obligation de sécurité, exposant l’entreprise à de lourdes condamnations.

Quelles sont les conséquences RH d’une enquête interne bien menée ?

Une enquête conduite avec rigueur, impartialité et respect des personnes produit plusieurs effets RH positifs : renforcement de la confiance des collaborateurs envers la direction, amélioration du climat social, réduction de l’absentéisme lié aux situations de souffrance au travail non traitées, et valorisation de la marque employeur. Elle envoie un signal clair : les comportements déviants ne sont pas tolérés et les victimes sont protégées.

L’enquête interne peut-elle améliorer l’organisation de l’entreprise ?

Oui. Selon l’étude Ethicorp/AFJE 2022, 23 % des alertes débouchent sur une révision des processus internes. L’enquête n’est donc pas seulement un outil réactif : elle permet d’identifier des failles organisationnelles, des tensions managériales latentes ou des risques RPS non détectés, et d’y apporter des corrections avant qu’ils ne se transforment en contentieux.

Que risque l’entreprise si elle ne mène pas d’enquête suite à un signalement ?

L’absence d’enquête expose l’entreprise à une mise en cause de sa responsabilité pour manquement à l’obligation de sécurité (article L. 4121-1 du Code du travail), à des sanctions prud’homales et pénales, et à un risque réputationnel majeur. En cas de contrôle de l’AFA, l’absence de procédure d’enquête formalisée peut également constituer un manquement aux obligations de l’article 17 de la loi Sapin 2, exposant l’entreprise à une amende pouvant atteindre 1 million d’euros.

Comment assurer la confidentialité dans une enquête interne ?

La confidentialité est un impératif procédural et légal. Elle passe par la limitation du cercle des personnes informées, l’utilisation de canaux sécurisés pour les échanges (plateforme chiffrée, adresse dédiée), la neutralisation de toute communication informelle sur l’affaire, et la formation des enquêteurs aux règles de confidentialité. Le RGPD impose par ailleurs un encadrement strict du traitement des données personnelles collectées dans le cadre de l’enquête.

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